Etoile 10 (pour DYS)

Etoile 10 (pour DYS)

La joie des devoirs avec un DYS

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Comme évoqué dans l'article sur l'agenda de ministre de ma fille, "faire les devoirs" (quel horrible vocabulaire) est un temps fluctuant, à la fois d'un point de vue réel et quantifiable (= avec une montre, mesure objective du temps) et d'un point de vue subjectif (réticences, pleurs, cris ou au contraire jeux, dessins et anecdotes)

 

La mise en route

Quand est-ce le bon moment de démarrer les devoirs? La réponse est simple: quand elle l'a décidé. C'est la base: on ne pourra jamais rien faire sans son plein et entier accord, c'est ainsi!

 

Je vous donne deux exemples, de la même enfant, oui oui, et qui peut se passer à deux jours d'intervalle.


Exemple:

-1- samedi matin: alors que je pense que mes enfants dorment tranquillement, j'en profite pour faire mon yoga en paix. Tout à coup déboule ma fille, qui brandit ses cahiers: "ça y est! j'ai fini mes devoirs pour lundi et mardi!". Après l'avoir fait patienter jusqu'à la fin de ma séance personnelle, elle me tend ses cahiers et me dit: "j'ai vérifié, c'est tout bon!". Et en effet, les exercices sont justes ET lisibles.

- 2 - lundi soir: un exercice de maths et une leçon de français. Nous ne sommes pas encore assises qu'elle s'énerve, donne des ordres et des consignes: "je fais ça et après, je vais jouer, et je mange une sucette!" . Elle peine à trouver la page de son exercice, commence à écrire de manière illisible sur son cahier de devoirs. La tension monte, et chez moi aussi... Elle ne sait plus combien font 1+2, invente les réponses: 10+2, ça fait?.... 45! Je m'énerve, et elle aussi. Je finis par m'en aller, excédée, elle me supplie de rester: "promis, je sais, je sais! je me calme!"

 

 

Qu'est ce qui explique de telles différences de comportement?

 

- 1 - Dans le premier cas, il y a tout d'abord l'envie! L'envie de montrer qu'elle est autonome, qu'elle peut y arriver seule. L'envie d'en être débarassée pour profiter pleinement d'un super week end avec copines et détente. Puis évidemment le fait que les exercices lui sont adaptés, la consigne lui est familière, et elle a les outils pour être autonome (bécherelle pour la conjugaison, table de pythagore pour la multiplication)

-2- Dans le second cas, des devoirs sont faits après une journée d'école, qui a pu être fatigante ou contrariante, pour des raisons variées. Parfois, la consigne est peu claire, le texte est illisible, elle se sent confrontée à la difficulté, qu'elle évalue avec lucidité: elle sait qu'elle n'y arrivera pas. Du coup, panique, fermeture, anxiété bondissante conduisant à un énervement difficilement contrôlable, du chagrin et du refus de coopérer. Une manifestation de la fameuse stratégie d'évitement décrite pas la neuropédiatre!

 

Dernier cas récent qui révèle un bond en avant dans sa maturité: un  mercredi après-midi: je suis à mon travail et ma fille m'appelle: "maman, ce soir, tu peux faire un exercice avec moi? S'il te plait, s'il te plait... Parce que là, j'ai rien compris et je veux que tu m'aides, que tu me l'expliques..." Le soir, voyant que l'exercice était totalement inadapté avec elle, je le reformule, décortique la consigne et l'aide grandement. Chez elle, pas de cris, pas de pleurs, mais une peine à voir qu'elle n'a rien compris. La lucidité face à ses difficultés. Et l'intelligence de demander de l'aide à bon escient. Cela mérite des félicitations!

 

Quand ça coince

 

Vous l'aurez donc compris, il y a des jours avec et des jours sans, comme tout le monde... Parfois, la difficulté semble trop grande pour ma fille. Elle pourrait décrocher, mais non, ce n'est pas dans son tempérament: quand on doit faire quelque chose, on le fait jusqu'au bout. Et si ça doit prendre du temps, ça l'énerve encore plus. Aie Aie Aie! ça y est, on est en pleine crise! Je vous livre l'équation secrète du moment "devoirs ratés":

 

Incompréhension de l'exercice + empressement = agitation interne maximum!!!

 

 

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Dans mon rôle d'accompagnatrice, ayant testé ma méthode "naturelle" (les cris et l'agacement) avec un manque de succès évident, j'ai dû alors développer des talents que je ne soupçonnais pas.

 

 

- La patience, bien sûr! Qui n'était pourtant pas une qualité innée chez moi. Mais on apprend à tout âge, et avoir un enfant DYS est un cadeau pour qui aime apprendre, croyez-moi! On constate que l'impatience est une perte de temps, alors, finalement, autant développer la patience, ça ira plus vite ;)

- Les techniques d'apaisement : exercices de respiration,  postures de yoga, méditation diverses et variées,détente par le coloriage de mandala... Je deviens très performante et imaginative.

 

 

 

Quand ma méthode pédagogique est tellement amusante qu'elle ne veut plus arrêter

 

Les supports de cours de ma fille, même avec la bienveillance de ses enseignants, qui est réelle et sincère, restent souvent inadaptés à elle.

 

Il faut déjà avoir à l'esprit que le contenu de la majorité des cours en lui-même est assez ésotérique pour elle : ranger des mots dans des catégories: verbe, sujet, COD, COI, adverbe, adjectif, etc. Ranger les verbes dans des groupes (!), classer des nombres par ordre croissant (ou pain au chocolat? --> petite incursion dans le monde de la dysphasie), classer des mesures dans des tableaux! Ce ne sont que quelques petits exemples parmi quantité d'autres!

 

Je développe donc aussi des compétences d'ingéniosité et de créativité pour à la fois retravailler les cours afin qu'elle puisse les mémoriser , mais aussi pour lui permettre de lui donner du sens.

 

Pour la mise en forme de ses supports, et malgré cinq ans de réunions pédagogiques avec ses thérapeutes et le personnel éducatif de l'éducation nationale, je continue à les retravailler.

Pourtant les consignes ne me semblent pas si complexes. Enfin, on peut faire mieux facilement sans que cela soit parfait:

- des cahiers plus grands

- une écriture plus aérée avec des espaces entre les paragraphes, des tirets, des mots clés et des couleurs, plutot que de la littérature.

- l'impliquer dans la rédaction en lui faisant surligner 'important

 

En ce qui concerne l'accès au sens (qui est déjà facilité avec un support plus adapté), je m'adapte à ce que je connais de ma fille. Elle a besoin de bouger, de toucher et que cela soit une histoire vécue et qui lui parle. Entre parenthèse, elle a eu à faire un exposé cette année, elle a choisi Londres, et par bonheur, nous y sommes allés pendant sa préparation! Du coup, ce fut un exposé vivant, car il avait été vécu. Et elle a pu restituer ce qu'elle en avait retenu (20/20 au passage, la note n'est pas importante mais révèle une certaine réussite malgré tout)

 

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Ci-contre l'exemple d'une leçon où j'ai un peu forcé sur la variété des supports: le cours, 2 planisphères, 2 globes terrestres, et un livre puzzle sur les continents... Sans compter le tableau blanc avec la terre, ses latitudes et longitudes, qu'on ne voit pas sur la photo...Du coup, elle a voulu TOUT ressortir pour la reviser une dernière fois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici quelques exemples de supports et méthodes utilisées:

 

Le plus efficace est de redécortiquer la leçon avec ma fille sous un autre format. Je ne fais pas, NOUS faisons ensemble. Elle est actrice de la réalisation de sa leçon. Et c'est en cela que regarder l'AVS copier la leçon de l'enseignant est inadapté.

 

Pour cela, nous avons différentes méthodes:

1/ Nous utilisons une grande feuille blanche en format paysage, plutot qu'en format portrait, nous mettons en couleurs les idées importantes. Elle peut surligner, écrire, faire des traits... Bref, s'approprier son cours, quoi!

 

2/ J'ai collé un tableau blanc sur sa porte pour qu'elle puisse dessiner. En fait, il est extrêmement utile pour les leçons et les exercices! Je pense qu'elle mémorise mieux sur un plan vertical qu'horizontal, mais ça, c'est juste mon expérience qui parle.De plus, elle peut écrire et effacer, c'est-à-dire se tromper librement, sans qu'il n'en reste la moindre trace!

Enfin, on laisse la leçon ou la poésie affichée jusqu'à l'évaluation. Comme ça, depuis son lit, elle peut le regarder. Un petit coup d'oeil de temps en temps, mine de rien, ça aide à la mémorisation. Ca se fait naturellement, sans effort et sans avoir besoin de rechercher le cahier ou le livre dans le cartable.

 

3/ Associer un mot ou une phrase à un dessin. Cela est surtout utile pour les poésies. Certains enfants apprennent sans avoir accès au sens, comme des perroquets. Cela ne marche pas avec ma fille.

 

4/ Les fameuses manipulations d'objets pour les maths (déjà évoquées dans un autre article)

 

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5/ Les jouets  et collages pour l'histoire: apprendre une leçon d'histoire est le pire calvaire que je connaisse. Pourtant, l'Histoire, c'est juste des histoires, ça devrait être facile! Oui, mais ça c'est quand on a une pédagogie qui n'est pas centrée sur l'écrit. Ma fille revient avec un paquet de 3 ou 4 leçons d'histoire tellement rébarbatives que même moi, j'ai envie de bailler: une succession de définitions, de dates et d'évènements, ce qui en fait quelque chose de décousu et sans aucun intérêt. Hallucinant! Du coup, je m'attaque à remettre du sens dans tout ça: les mots compliqués sont associés à des dessins, façon charade, les migrations des grands conquérants se font sur une grande feuille avec des collages des pays et des personnages qui bougent d'un pays à l'autre, et je ressors les playmobil pour refaire vivre les gens de l'époque. C'est simple: pour qu'elle réussisse un minimum son évaluation, je dois poser une demi-journée de congé... Quand je ne peux pas, je sais que ça sera raté, voilà...

 

 

 

Voici quelques exemples non exhaustifs du rôle du parent accompagnant. Juste pour donner une idée aux enseignants de l'investissement que les quelques devoirs peuvent représenter, pour l'enfant, mais aussi pour son entourage...

 

 

 

 



02/01/2017
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