Etoile 10 (pour DYS)

Etoile 10 (pour DYS)

Faut-il éradiquer le gène du DYS?

cerveau DYS.jpg

Si vous suivez un peu mon blog et que vous connaissez mon amour inconditionnel et mon admiration profonde pour ma petite DYS, vous devez vous demander si je suis devenue folle?  Ou alors, pourquoi un tel titre provocateur?

 

A l'heure où montent les valeurs de fascisme, de normalisation et où celles de socialisme ne deviennent plus qu'un souvenir qui s'éloigne, il me semble utile d'aborder le sujet.

 

Lors de mes échanges sur les groupes de parents dys, généralement très enrichissants et aidants, j'ai souvent été attristée d'observer le regard desespéré de certains parents. Il faut dire qu'avoir un enfant DYS est un tel parcours du combattant, sans relâche, sans fin, qu'une vie si dure peut ressembler à une calamité.

 

Lorsque la question du "gène du Dys" est évoqué, les débats sont passionnés et virent parfois au cauchemar. Je ne préfère même pas entrer dans le détail... J'ai pu cependant y découvrir certaines mères  très investies qui disent que si elles avaient pu  savoir lors d'une amniocentèse que leur enfant  était porteur de troubles dys, elles auraient avorté. Je ne juge pas, car cela montre juste le combat, les sacrifices et la souffrance qu'il y a derrière tout cet amour...

L'accompagnement des parents, il est où?

 

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Les enfants Dys peuvent être très bien accompagnés. Si les parents y sont disposés et s'ils ont la chance de tomber sur des professionnels compétents et bienveillants. Ca fait peut-être beaucoup de "si", mais avec de l'acharnement et de la chance, on y arrive.

Bref l'accompagnement des enfants est possible, même si parfois c'est trop selon moi.

 

Mais qui accompagne les parents de ces enfants? Il faut savoir que, lors de phases de découragement, nous pouvons avoir l'impression que tous nos efforts pour eux, c'est, comme disait Pierre Desproges: l'équivalent de "se masturber avec une rape à fromage; beaucoup de souffrances pour peu de résultats." Autrement dit: une longue traversée du désert, parsemé pour ma part d'oasis, fort heureusement.

Un suivi psy est souvent conseillé aux parents qui craquent (un suivi pour eux, cette fois-ci et non pas pour leur enfant) encore faut-il avoir ces deux choses dont on manque cruellement quand on est parent d'enfants différents, à savoir:

- le temps

- l'argent

Etant souvent à temps partiel pour s'occuper d'eux, le salaire l'est aussi. Donc plus forcément les moyens ni le temps d'aller voir un thérapeute pour soi, une fois qu'on a fait les 4 ou 5 rendez-vous hebdo de son enfant...

 

Bref, sujet sensible et amenant des réactions émotionnelles excessives... (je parle en connaissance de cause)

 

Pendant ce temps-là, la recherche cherche...


microscope.gif... et avec le temps, elle trouve. Oui, il y a effectivement des prédispositions génétiques pour les DYS. Des anomalies génétiques sont d'ores et déjà connues comme par exemple la micro-délition où certains symptômes sont équivalents à des DYS (merci le réseau des parents) . Et il y a bien des familles de Dys, avec, il semblerait, une accentuation de la gravité sur la descendance! (reste à prouver, mais tout de même, c'est évoqué parfois...)

 

Petit rappel: au vu de la méconnaissance de l'origine des troubles d'apprentissages, voici les principales pistes explorées:

1- neurologique: dysfonctionnement ou lésions cérébrales

2- génétique: un gène rebelle

3- physiologique: déséquilibre chimique, rééquilibrage avec l'alimentation et l'apports de molécules comme la mélatonine, par exemple

4- psychologique: ça, c'est quand on ne trouve toujours pas ;)

 

Il pourrait même être juste de dire que les troubles dys n'existent pas. A ce jour ce sont des séries de symptômes inclassables, quand on a tout écarté: piste physique, génétique, accidents cérébraux, etc.

 

Et en attendant, l'enfant est stigmatisé

 

Plus on pose un diagnostic Dys, meilleure est la prise en charge, nous dit-on. Pour ma part, je pense que les symptômes suffisent à une bonne prise en charge. Nommer, c'est connaître et c'est aussi stigmatiser.

Car la connaissance peut être mal utilisée, nous n'avons que l'embarras du choix dans l'Histoire pour nous le rappeler. (Rappelons-nous que goûter à son fruit nous a déjà valu l'expulsion du jardin d'Eden ;) ).

Je ne dis pas pour autant qu'il ne faille pas chercher à y accéder, je suis simplement inquiète des usages qu'on pourrait en faire, dans une société, disons... moins humaniste que celle que nous avons connue.

 

Il y a 30 ou 50 ans, les enfants Dys ne s'appelaient pas Dys, ils suivaient une scolarité difficile, redoublaient 3 fois en primaire et en sortaient en sachant à peu près lire et écrire. Ils avaient une estime d'eux déplorable, on les considéraient comme les idiots du village. Ils étaient incompris mais acceptés, notamment dans le système classique.

 

Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'avec cette loi 2005 obligeant l'intégration des enfants handicapés dans le système scolaire public, on met en place tout un tas d'alternatives bancales pour justifier leur exclusion du système scolaire ordinaire (IME, Ulis, Segpa, etc.). Je ne critique pas, l'intention de départ est louable, mais les moyens investis sont clairement insuffisants et je crains qu'ils soient revus à la baisse, quelle que soit l'issue de mai 2017... Certains bilans peuvent même servir lieu à l'exclusion d'un enfant. Par exemple un test WISC révélant une déficience intellectuelle légère (allez hop: on envoie vers les IME!) ou a contrario révélant des précocités (allez hop! : pas besoin d'AVS si l'enfant est si malin!). Alors même que ce test est précisément inadapté aux DYS....

 

 

Finalement, Dys, c'est génétique?

 

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Dans ma famille et celle de son père, aucun dys n'est reconnu, excepté ma fille bien-sûr.

 

Mais en y réfléchissant dans le détails, observons certains membres proches:

- ma mère: à bientôt 70 ans, elle reste convaincue qu'elle est idiote car elle a eu une mauvaise scolarité notamment en maths où c'était la cata. Elle a beau avoir épousé un homme intelligent depuis 50 ans, avoir fait deux enfants, dont un intellectuellement brillant (c'est pas moi, c'est l'autre), rien n'y fait... C'est pénible, cette autodévalorisation pour l'entourage, mais c'est ancré au plus profond d'elle. Peut-être qu'aujourd'hui, on lui trouverait une dyscalculie massive. Elle ne serait jamais devenue excellente, mais une orthophoniste logico mathématique lui aurait fait comprendre certaines notions abstraites. Et lui aurait permis peut-être de prendre confiance en elle. Et d'apprendre qu'être nul en une chose n'est pas être nul en toute chose.

 

- moi-même: j'étais une excellente élève, mais gauche et non latéralisée. Cela veut dire qu'en CP, j'utilisais mes deux mains pour écrire, de façon indifférenciée. J'écrivais de gauche à droite, de droite à gauche, tout ceci n'a aucune espèce d'importance (et c'est toujours le cas). Ma maîtresse a été très fine et m'a fait utiliser principalement la main droite en me disant que j'écrivais beaucoup mieux avec celle-ci. Et pour lui faire plaisir, j'ai pris cette habitude (moteur avec le recul pervers et que je n'apprends pas à mes enfants). En ce qui concerne ma gaucherie, ma mère m'a inscrite à la danse pour me dégourdir (c'est d'ailleurs ce que j'ai fait pour ma fille), et aujourd'hui je danse encore. En ce qui concerne ma représentation spatiale, elle est bien bien plus catastrophique que celle de ma fille, je suis incapable quand je fais un trajet de le reconnaitre en sens inverse. Pour moi, c'est un autre endroit. Et lorsque je vais dans un lieu régulièrement, j'ai encore besoin de mon GPS au bout de la dixième fois. Jouer à des jeux comme "Labyrinthe" est un véritable casse-tête pour moi. Lorsque je joue avec mes enfants, je leur dis: "excusez-moi, je déplace les pièces, mais c'est pour de faux, c'est juste pour voir ce que ça donne" car je n'arrive pas à me projeter dans ma tête avec un jeu qui s'est déplacé d'une case.Et encore, même ainsi, je ne trouve pas toujours le chemin! Mon entourage croit que je le fais exprès, et que je  n'ai qu'à faire un effort. Mais ce n'est que depuis peu, en appronfondissant le sujet des Dys que je me dis que c'est peut-être pas la peine de culpabiliser, je suis ainsi faite. Une forme de dyspraxie non invalidante scolairement, mais persistante à l'âge adulte.

 

- enfin, j'ai un neveu qui ne sait pas courir, qui fatigue énormément, qui a besoin d'être allongé tout le temps. Scolairement, tout va bien, donc aucune raison de s'inquiéter bien-sûr. Pourtant, sa gaucherie et sa fatigablité sont des signes évidents d'une dyspraxie pour moi. Mais je ferme ma bouche. Le carnet scolaire est excellent.

 

 

Alors, si c'est génétique, au final, on fait quoi des DYS?

Le fait de savoir que le bébé est potentiellement porteur d'un gène qui va générer un handicap autorise un avortement therapeutique et j'avais lu l'article émouvant d'un parent de trisomique qui disait aussi , dans le cas du choix de garder le bébé, qu'il fallait s'attendre à passer sa vie entière à justifier ce choix. Car c'est quand même se compliquer grandement la vie, alors qu'on a la possibilité matérielle de mener une vie plus "normale".

 

Savoir c'est pouvoir décider.

 

Cela m'a amené à réfléchir à un monde sans Dys. Ce foisonnement d'enfants dysferents, cette richesse, cette vision particulière d'aborder et de décrypter le monde, leur ténacité et leur créativité sont des atouts dans un monde. qui va basculer vers un grand changement d'ici les prochaines décennies.

 


Lors de l'émission de la grande librairie du 1er décembre 2016, on s'interrogeait sur cette part de folie ou d'"anormalité" qui serait la part du génie humain. Étienne Klein rappelait qu'Albert Einstein était totalement inadapté au système scolaire et dys. Einstein lui-même était convaincu que ses idées de génie lui étaient venues du fait de son "retard mental"!!!. Et oui, à l'heure où les notions du temps était acquises pour ses camarades, lui y a réfléchi longtemps, autrement, et avec un raisonnement plus mature, qui lui a fait comprendre certaines petite théories liées à la relativité....Et Boris Cyrulnik de rappeler qu'aujourdhui, on mettrait le petit Einstein sous neuroleptiques.....

 

A méditer....einstein.jpg



11/12/2016
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