Etoile 10 (pour DYS)

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Dysphasie: les sons impossibles

Parler, est-ce vraiment si simple?

 


Long et laborieux est l’accès à une parole fluide et compréhensible pour les petits dysphasiques. Ce qui est si naturel pour les non dysphasiques est d’une complexité sans nom pour eux.

 

Imaginez un peu ce qui se met en marche quand on parle :

 parler.jpg

  • les sons à prononcer
  • les sons à enchaîner 
  • les phrases à construire
  • les verbes à conjuguer
  • les pluriels et les féminins
  • les mots à mémoriser
  • les mots à savoir ressortir au bon moment
  • le temps à utiliser
  • pour les petits francophones : les liaisons, les exceptions…. le joli zarbre, par exemple...
  • L’intonation, le ton employé
  • sans compter tout ce que j’oublie ;)

 

Les embûches et pièges sont innombrables. A croire qu’on a complexifié le langage exprès pour en laisser certains sur le carreau !

 

Seules des personnes ayant ces troubles du langage peuvent nous aider à réaliser que parler, même si c’est un apprentissage naturel pour la plupart d’entre nous, est et reste un miracle de notre cerveau.

 

Pour ma fille, inutile de vous dire que tout est compliqué.  Parlons déjà de l’apprentissage de certains sons, qui a été très problématique.

La prononciation...

 


A 10 ans, je qualifierai la diction de ma fille comme étant approximative. Disons qu’on la comprend si elle parle suffisamment fort et surtout suffisamment lentement. Mais comme elle ne perçoit pas la différence entre certains sons, forcément, lorsqu’elle parle, on ne le perçoit pas non plus. Les plus communs sont les j/ z/ ss… le sien et le chien, laisser et lécher, bisou et bijou, etc…A la limite, cela passe pour un défaut de prononciation sans gravité.

 

Certains sons ont été très longs à acquérir, je me demandais même s’ils allaient finir par venir. Heureusement, parfois, des déclics se produisent !

 

Je vais vous raconter une petite anecdote qui va vous montrer à quel point il ne faut JAMAIS négliger la motivation et le sens dans l’apprentissage !

 



Ma fille n’arrivait pas à prononcer les sons « v » (et « f » dans une moindre mesure).

Le son «v » surtout est un souvenir vivace dans ma mémoire, car jusqu’à 5 ou 6 ans elle ne le prononçait pas du tout. Pendant quelques années j’ai eu tout le loisir de réaliser que la langue française en était truffée : vie, voiture, volant, vitesse, va, vraiment, vent, violent, voleur, valeur,  rêver, voir, vêtement, veste, viens, vert, violet (aïe ! en plus sa couleur préférée ! )… pour n’en citer que quelques uns.

 

La maîtresse de grande section ou de CP avait eu la malice à Noël de leur faire apprendre la chanson : « vive le vent ». Et je me rappelle l’avoir enregistrée pour qu’elle s’entende : «petite fille glace.jpg yi yeu yent, yi yeu yent ! yi yeu yen d’h’iyer ! » Elle était joyeuse et sans complexe, c’était très drôle.

 

Et puis l’été est arrivé et avec l’été, les glaces ! Pour ma fille, ce mot représente quelque chose d’important : dès qu’elle l’entend, ses yeux pétillent et ses lèvres sourient, c’est plus fort qu’elle !

L’avantage des glaces, c’est qu’ils ont plein de parfums. Et parmi les plus communs : vanille fraise.

Un soir en vacances (oh encore un «v » !), avec son frère et moi chez ses grand-parents, pendant le dessert (devinez ce que c’était…), on lui a parlé  de« VVVVanille » et de « FFFraise ». Motivée, elle a répété. Et là, magie ! Le VVV et le FFF sont sortis distinctement pour la première fois de sa bouche ! ça y est ! Elle avait compris le truc ! Les sons « v » et « f » étaient entrés dans son vocabulaire ! Croyez-moi sur parole si je vous dis que ce fut un progrès significatif pour la comprendre !

 

Ce qui a été su un jour ne le sera pas forcément toujours...

 

Cependant, ce n’est pas tout à fait acquis et certains sons ne sortent toujours pas spontanément. Question de défaut d'automatisation, comme pour la dyspraxie.

 

Exemple : qu’est ce qu’il y a entre le jeudi et le samedi ? Le vendredi (oui encore un v, décidément…): seul et isolé, elle va le dire correctement. Mais dans une phrase c’est systématiquement « rendredi »

Pourquoi tu dis toujours rendredi ? « ah ben c’est l’habitude, ça sort comme ça … »

Tout comme: "je va à l'école" par exemple...

 

Aujourd’hui, on la comprend, et elle parle de mieux en mieux, donc les progrès sont là. Mais il faut quand même tout le temps la cadrer : lui dire de ralentir, lui faire poser le contexte… Et dès qu’elle est fatiguée ou énervée, cela repart en vrille.

 

Notamment sur le ton, qui est très vite ultra-autoritaire !

(cf. particularité 9 de mon article "comment communiquer avec un dysphasique")

 

 

 



14/10/2016
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